The Exploration Company vise 300 millions de dollars : cap sur une valorisation à 2 milliards

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Une levée de 300 millions de dollars et une valorisation quadruplée en un an

En novembre 2024, The Exploration Company bouclait une série B de 150 millions d’euros pour une valorisation avoisinant 450 millions d’euros. Moins de deux ans plus tard, la startup spécialisée dans le transport de fret spatial serait en passe de lever 300 millions de dollars, avec une valorisation potentielle dépassant les 2 milliards de dollars. La multiplication par quatre de sa valeur en à peine plus d’un an ne s’explique pas uniquement par l’enthousiasme des marchés pour le secteur : elle traduit une conviction croissante des investisseurs sur la viabilité commerciale du fret orbital réutilisable.

Les fonds américains Bessemer Venture et Atomico figurent parmi les participants pressentis au tour, aux côtés du Scaleup Europe Fund. Cette configuration transatlantique n’est pas anodine. Pour des investisseurs habitués aux cadences de SpaceX ou de Rocket Lab, mettre des capitaux significatifs sur une deeptech européenne du spatial constitue un signal de validation sectorielle. Cela signifie aussi que The Exploration Company n’est plus perçue comme une expérimentation régionale, mais comme un acteur crédible à l’échelle globale.

L’entreprise a pourtant essuyé un échec partiel lors de son premier vol test. Loin de freiner les discussions, cet épisode semble avoir joué en sa faveur : les investisseurs ont pu constater que l’équipe était capable de gérer une situation difficile, d’en tirer les enseignements et de maintenir sa trajectoire de développement. Dans le spatial, la résilience après un test raté pèse autant que le test lui-même.

Le Scaleup Europe Fund, nouveau bras armé de la souveraineté technologique

La présence du Scaleup Europe Fund dans le tour est l’un des éléments les plus structurants de l’opération. Ce véhicule de 5 milliards de dollars, géré par le groupe suédois EQT et adossé à la Commission européenne, a été conçu pour combler ce que l’on désigne par « scaleup gap » : la difficulté chronique des startups européennes à lever des montants comparables à leurs homologues américaines dans les phases avancées de leur développement.

Jusqu’ici, le fonds affichait des priorités centrées sur l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et les semi-conducteurs. Son implication dans le dossier The Exploration Company signale une extension de périmètre vers le spatial, secteur que la Commission européenne considère désormais comme critique pour l’autonomie stratégique du continent. Cette évolution n’est pas symbolique : elle engage des capitaux publics européens sur un pari industriel de long terme.

EQT n’est pas un inconnu pour The Exploration Company. EQT Ventures soutenait déjà la startup depuis 2023, ce qui explique la confiance accrue du groupe dans le projet et sa capacité à mobiliser un véhicule de bien plus grande envergure pour ce nouveau tour. Pour l’entreprise, cela se traduit par une continuité dans la relation investisseur, avec un passage à une toute autre dimension de financement.

Ce que ce tour révèle du spatial commercial européen

Le spatial commercial n’est plus le domaine réservé de quelques ingénieurs visionnaires et de budgets gouvernementaux illimités. Depuis quelques années, un écosystème de startups spécialisées émerge sur le continent, couvrant des segments précis : micro-lanceurs, observation de la Terre, maintenance orbitale et, de plus en plus, fret réutilisable. The Exploration Company s’est taillé une position sur ce dernier segment, en misant sur des capsules capables d’acheminer du matériel en orbite, puis de revenir sur Terre dans des conditions permettant leur réutilisation.

Ce positionnement répond à un besoin concret. À mesure que le nombre de satellites, de stations orbitales et d’expériences scientifiques augmente, la logistique spatiale devient un marché à part entière. Des industriels et des agences comme l’ESA ont besoin de solutions pour approvisionner leurs équipements en orbite à un coût maîtrisé. Les capsules réutilisables répondent à cette équation en réduisant les coûts par rapport aux lanceurs à usage unique.

Pour mesurer l’ampleur du changement, il suffit de comparer la série B de 150 millions d’euros de novembre 2024 avec le tour en cours : les montants ont plus que doublé et la valorisation aurait quadruplé en moins de deux ans. Ce rythme place The Exploration Company dans la catégorie des rares deeptech européennes capables d’attirer des capitaux de type late stage à l’échelle américaine.

Le modèle transatlantique

La trajectoire de The Exploration Company illustre un schéma que peu d’entreprises européennes ont réussi à activer : combiner des capitaux de fonds américains à forte appétence pour le risque avec un soutien institutionnel européen, en maintenant une base opérationnelle ancrée sur le continent. Ce schéma permet de lever des montants comparables aux standards de la Silicon Valley sans délocaliser les équipes ni les centres de décision.

C’est précisément l’un des objectifs affichés du Scaleup Europe Fund. En entrant au capital de champions technologiques européens aux côtés de fonds privés de premier plan, il crée une légitimation croisée : les investisseurs privés rassurent les institutions sur la viabilité commerciale, les institutions rassurent les industriels sur la pérennité stratégique du projet. Pour les startups deeptech qui cherchent à lever au-delà de 200 millions d’euros, ce modèle ouvre une voie que peu d’acteurs avaient empruntée jusqu’ici.

Selon les informations publiées par Maddyness fin juillet 2026, les discussions restent en cours et aucune clôture officielle n’a été annoncée. Ce qu’on peut retenir à ce stade : l’intérêt convergent de plusieurs grands fonds pour le projet suffit à faire de cette levée potentielle un marqueur fort pour l’écosystème deeptech du continent.

Les conséquences potentielles si le tour de table aboutit

Si les discussions aboutissent, The Exploration Company deviendrait l’une des rares startups européennes du hardware spatial à franchir le cap des 2 milliards de dollars de valorisation. Ce seuil n’est pas uniquement symbolique : il ouvre l’accès à de nouveaux partenariats industriels, facilite les négociations avec des agences spatiales et pose les bases d’une éventuelle introduction en bourse à moyen terme.

Pour l’écosystème tech européen, le message dépasse le seul secteur spatial. Des marchés très capitalistiques, longtemps perçus comme hors de portée des startups du continent, sont désormais accessibles à condition de combiner excellence technologique et structuration financière ambitieuse. La prochaine étape sera de voir si The Exploration Company transforme l’essai, et si d’autres acteurs européens de la deeptech sauront s’inspirer de ce modèle de financement transatlantique.

Photo : businessam.be

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