La Russie en pleine ruée vers l’or

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Depuis 2015, la banque centrale russe (la CBR) recommence à remplir ses réserves aurifères. Elles valent désormais plus de 433,11 milliards d’euros. Un volume jamais atteint depuis cinq ans. Une politique motivée par un besoin de se protéger d’éventuelles sanctions de l’Occident, et d’une volonté de « dé-dollarisation ».

2018 : une année charnière pour l’or russe

L’an dernier, cette politique s’est accéléré drastiquement. Rien qu’au mois de décembre, 9,3 tonnes d’or se sont ajoutées aux réserves russes. Sur la totalité de l’année, ce chiffre est  monté jusqu’à 275 tonnes, ce qui fait de la Russie le plus gros acheteur d’or au monde en 2018. Ainsi, la banque centrale russe se retrouve détentrice de 42 % des réserves d’or achetées par la totalité des banques centrales du monde l’an dernier. Aujourd’hui, la valeur desdites réserves en Russie approche les 490 milliards de dollars,  retrouvant son niveau de 2014.

De janvier à juillet 2019, la Russie a acheté pour 105,75 tonnes de métal jaune. Les chiffres officiels indiquaient un total de 2.217,68 tonnes en août. Des chiffres qui continuent de grimper mois après mois.

L’or : une tradition nationale russe

Il est vrai qu’historiquement le pouvoir russe a toujours privilégié ce métal. Déjà au XIXe siècle, les tsars inculquent une certaine culture aurifère qui perdurera jusqu’à la Première Guerre mondiale. Ainsi en 1914, l’Empire russe détient la plus importante réserve d’or au monde avec 1400 tonnes.

Après 1917, les bolcheviks utiliseront une grande partie de ce capital pour faire vivre une Russie fragilisée par la révolution et la guerre. En 1928, il ne subsiste plus que 150 tonnes d’or dans les coffres de Leningrad. Staline décide alors de reconstituer les stocks de l’URSS, atteignant les 2500 tonnes au moment de sa mort. Un record à l’époque mais une quantité qui lui semblait nécessaire pour garantir l’industrialisation de l’Union soviétique.

La Russie : un gigantesque terrain de jeu pour l’extraction minière

La superficie du territoire russe offre d’immense opportunités d’extraction d’or. La majorité des sites de production se situent à l’Est et les plus connus sont Krasnoyarsk, Irkutsk, Magadan, Amur et Chelyabinsk. En résulte l’extraction de plusieurs milliers d’onces d’or opérée par des entreprises pionnières en la matière : Polyus Gold, Polymetal et Petropavlovsk. Mais à cela s’ajoutent également d’autres grands acteurs du secteur minier intégrant l’extraction de l’or à leur savoir-faire. L’un des plus emblématiques est l’UMMC présidée par Iskander Makhmudov. Si l’Ural Mining and Metallurgical Company, 2e plus grande entreprise russe du secteur minier, produit essentiellement du charbon, du zinc et du cuivre, l’extraction d’argent et d’or fait également partie de ses activités.

Des provisions en prévision de la fin du dollar ?

Si aujourd’hui le Kremlin recommence à accroître ses réserves d’or, ce n’est bien sûr pas uniquement pour renouer avec une tradition. Pour Juan Carlos Artigas, le directeur de la recherche du Conseil mondial de l’or, il s’agit tout simplement d’une opération de « dé-dollarisation ».

En ce sens, la banque centrale russe a vendu la quasi-totalité de ses bons du Trésor américain. En effet si en 2010, la Russie détenait près de 176 milliards de dollars en bons du Trésor, en automne 2018, ce montant est tombé à 14 milliards. Un apport de liquidité colossale que Moscou a ensuite utilisé pour acheter de l’or.

En s’éloignant d’un billet vert qui peine à assumer son statut ces dernières années, le président Poutine tente de s’assurer une économie autonome. Tout d’abord pour se prémunir d’éventuelles nouvelles sanctions économiques imposées par l’Occident, mais aussi pour se protéger d’un potentiel effondrement du dollar. Visiblement, la Russie anticipe la formation d’une nouvelle devise numérique internationale, dont l’or serait la pierre fondatrice.

Le signe d’un nouvel ordre économique planétaire

Une stratégie qui semble similaire à celles établies par d’autres pays émergents telles que la Turquie et surtout la Chine. Le président Xi Jinping se fait effectivement remarquer depuis le début de l’année en engrangeant une moyenne de dix tonnes d’or par trimestre. Suffisamment de signaux pour envisager un nouvel ordre économique planétaire dans les années à venir ?

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